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Nicolas de Warren, Directeur des relations institutionnelles de Arkéma

Construire une société rassemblée autour de valeurs acceptées

La France occupe de fait une place sur la scène internationale sensiblement supérieure à son poids économique réel. Il y a lieu de s'en réjouir tout en poursuivant la lutte contre les facteurs de dégradation de notre performance globale et le glissement de notre position relative dans le classement européen tel qu'il est reflété selon les critères retenus par l'ODIS. Il n'y a aucun doute que les seules marges de manouvre réelles viennent d'une croissance suffisante, avec ses effets directs sur l'emploi, les ressources fiscales et sociales. Cette politique de « génération de croissance » doit affronter un triple défi : elle ne se joue plus que partiellement sur le marché intérieur et doit intervenir dans un contexte de concurrence internationale radicalement recomposé depuis moins de dix ans par l'explosion économique des pays émergents ; elle doit être « vertueuse» pour le long terme et doit donc être une croissance de reconstruction des grands équilibres de la planète déjà très sévèrement atteints ; elle doit enfin donner les outils pour rassembler et lutter contre les tendances centrifuges de la société.

La société française est en effet soumise à des forces centrifuges fortes : à la marginalisation économique et sociale (personnes âgées, travail précaire, partiel et déqualifié, situations personnelles de déséquilibre : santé, famille, chômage, addictions...) s'ajoutent les fragmentations socio-culturelles d'une société en recomposition, notamment sous l'effet d'une diversité issue de l'immigration, qui conduit à devoir revisiter de façon opératoire notre « pacte républicain » historique.

Sur le plan personnel, le « stress social » est sans doute plus marqué que jamais, dans la mesure où le décalage entre les attentes suscitées et la réalité vécue se creuse. Les exigences renforcées de performance, de productivité, les ruptures accentuées par l'accélération du rythme du changement social et économique font émerger fortement chez nos concitoyens le sentiment de la fragilité et de la vulnérabilité. Alors que le niveau de vie moyen s'est objectivement élevé de façon très significative, disons, en deux générations soit une quarantaine d'années, les Français ont une perception aiguë du sentiment de rupture, de marginalisation, d'exclusion croissante, avec une France vue comme de plus en plus fragmentée et donc en perte d'homogénéité.
Les vecteurs traditionnels de lien social, famille, religion, syndicats, associations même, ne parviennent pas à entraver le repli sur soi. Le tissu associatif est également pris en défaut : s'il repose sur des valeurs partagées, ce sont souvent les enjeux et les actions les plus lointaines ou les mieux médiatisées qui font le plus recette (tsunami, guerres, etc.) sans que l'engagement associatif permanent y gagne.

 

Quelle évolution récente de notre partenaire privilégié, l'Allemagne ?


Sur le plan économique, l'Allemagne vient de réussir plusieurs grandes réformes de structures : marché du travail, retraites, financement de la recherche, accompagnement des PME. L'intégration économique des « länder » orientaux est, quinze ans après, réalisée en fait, même si la convergence n'est bien sûr pas encore achevée ; les freins sont desserrés. L'Allemagne va pouvoir à nouveau - après une demi-décennie de relative stagnation - développer ses performances, notamment grâce à son tissu de moyennes entreprises (entre 500 à 2 000 salariés) qui sont les véritables moteurs à l'international et les plus aptes à décliner industriellement et commercialement les fruits de la recherche. Le handicap français sur ces deux critères - entreprises moyennes à vocation mondiale et Recherche & Développement du secteur privé - est patent.
Sur le plan sociétal, l'Allemagne ne parait pas, aux écarts culturels près, avoir des fractures, sensiblement différentes des nôtres et est donc confrontée aux mêmes défis.

L'Odissée, une démarche de questionnement bienvenue


Les travaux de l'Odissée révèlent de façon claire ce que nous percevions confusément : un lien étroit existe entre la qualité du lien social et le niveau de performance du pays. L'entreprise, on le voit, est, qu'elle le veuille ou non, de plus en plus un producteur de lien social, mais ceci veut dire que doit s'y instaurer une véritable déclinaison opérationnelle de notre système républicain de valeurs. Pour autant cette démarche doit être mesurée et menée en toute lucidité : l'entreprise ne sera en effet jamais le lieu de tous les refuges ou de toutes les réponses, ne serait-ce que parce qu'elle est aussi un lieu de d'antagonismes et de tensions. Elle peut toutefois apporter certaines réponses ou en tout cas participer au nécessaire questionnement permanent sur le sujet.
C'est le sens de mon intérêt pour la démarche de l'Odissée.

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