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Comprendre le succès du film Intouchables  


A qui auriez-vous fait confiance ?

Dans Intouchables, la sélection se porte sur une personne sans diplôme, ayant la prison pour principale expérience et à qui le Droit à l’erreur est accordé dès la première rencontre (bien que constaté, le vol de l’œuf Fabergé n’est ni dénoncé, ni éliminatoire, ni même énoncé - Pratique certes extrême), et dont l’irrespect des conventions (moqueries envers le handicap, la musique classique, le rituel de la fête anniversaire…) est déclencheur de mieux être.

Le film est un grand bol d’oxygène face à la souffrance liée à l’omniprésence des parchemins scolaires et au respect de l’ordre établi. Quelles leçons peuvent en tirer chaque entreprise, chaque personne et la société dans son ensemble ?

Procès  du recrutement par le statut social

Le premier vecteur de ralliement à Intouchables repose sur la gratitude envers ceux qui réussissent à dépasser les habitudes policées pour écouter leur instinct et donner une chance à l’énergie du cœur qui recèle un potentiel multiplié d’innovation et d’implication.

En France, résoudre les équations mathématiques à l’adolescence ouvre les portes des grandes écoles, voies royales vers les grandes entreprises et un parcours professionnel réussi. L’expérience acquise au fil des années ne suffit pas à contrebalancer ce poids prépondérant du diplôme initial. D’où les difficultés des filières d’apprentissage qui peinent à attirer les talents scolaires, lesquels savent qu’ils n’ont aucun besoin d’avoir été plongé dans le bain pour trouver un emploi. La formalisation de la valorisation des acquis de l’expérience (VAE) correspond à une volonté de rendre le succès possible pour ceux qui n’étaient pas les premiers de la classe. Avec l’âge, l’expérience prend une importance qui reste toute relative pour les grandes entreprises, pour preuve les carnets des quotidiens et magazines qui présentent les nominations de personnes de 50 ans à des postes de dirigeant par leur diplôme obtenus 30 ans plus tôt ! Dans l’entendement français, le recrutement optimal est celui d’un diplômé de la même école que les dirigeants, dont le parcours l’a amené à exercer des fonctions similaires à celles qu’il aura à assumer, au sein d’une entreprise de taille comparable opérant sur le même secteur d’activité ! Si la greffe ne prend pas avec un tel statut social, personne d’autre que le recruté ne se sentira blâmable : ni le manager, ni l’entreprise, ni le conseil en recrutement.

Procès du respect des conventions

Cette posture intellectuelle convenue est la source du manque d’énergie de la société française. Car, toute personne plongée dans un nouvel environnement peut avoir un regard neuf sur les pratiques, l’organisation, les réflexes, les non-dits ; toute expérience nouvelle est un vecteur d’enrichissement ; tout nouvel angle d’analyse est porteur de critique constructive ; toute contestation peut constituer un signal d’alerte ; toute idée neuve est porteuse d’innovation. Notre société axée sur les conventions est sourde aux Christophe Colomb, à ceux qui proposent des voies nouvelles ou tout simplement qui attirent notre attention sur une information qui nous gêne. Plus grave, cette difficulté à trouver sa place ne se limite pas à ceux, comme cet Italien immigré qui n’a pas été entendu des Portugais, qui ne connaissent pas notre langue, nos codes culturels, nos modes opératoires, les raisons de nos succès passés. En effet, qui n’a pas un jour renoncé à partager ses avis pour ne pas mettre en péril ses relations personnelles, voire son avenir personnel ? Ces petits renoncements quotidiens à la remise en question positive sont la source d’un mal être personnel et collectif qui engendre par exemple une consommation d’anti dépresseurs quatre fois plus élevée en France qu’en Allemagne. Face à l’empilement des auto justifications de la non prise en main des problèmes et de la non mise en œuvre de solutions, les français sont passés maîtres de la pensée conceptuelle : meilleure nation en Médailles Fields per capita (équivalent des prix Nobel pour les mathématiques), deux des cinq plus grandes agences de communication mondiales alors que le monde ne parle plus français… Ainsi, devant le croisement de la nasse des conventions sociales et de la victoire de la pensée sur l’action, être capable de dire est devenu en France plus important qu’agir. Pour les Français, prendre la parole suppose le contrôle de l’articulation de ses idées, jusqu’à les positionner comme incontestables et intangibles, ce qui présente toujours un danger de rupture dogmatique, et donc d’opposition systématique.

La quantité de spectateurs d’Intouchables signe l’adhésion à l’intégrité de ceux, trop rares, qui osent dire ce qu’ils pensent et savent se tenir à ce qu’ils disent (refus d’utiliser un véhicule pour handicapé, de mettre des bas de contention,…) pour la raison simple qu’ils ne cherchent pas à démontrer leur supériorité ni ne prêtent attention à leur image en refusant tout cursus honorum moderne pour obtenir suffrages et faveurs.

On le voit, le succès d’Intouchables repose sur des messages qui touchent en profondeur nos fonctionnements personnel et collectif et dépassent de loin la seule rencontre politiquement correcte d’un noir et d’un handicapé. Si il est né en France parce qu’il correspond à un phénomène particulièrement exacerbé en France, Intouchables traverse néanmoins la culture de toutes les sociétés humaines : partout, pour être entendu, il faut être audible ; partout, pour être audible, il faut parler le même langage et donner des gages de conformité. Qui prétendrait qu’il n’est pas difficile d’être vrai en tous lieux ? Cette leçon de transparence relationnelle est la source d’un succès international et durable d’ores et déjà en marche. Mais de l’appétence à la pratique, il y a un gouffre de la méthode : comment générer la découverte de soi et agencer à grande échelle l’instauration du respect de la diversité des personnes, des faits et des idées ?

Organiser la réflexion collective pour donner toute sa place à chaque idée

Dans Intouchables, le recruté ouvre de nouveaux dossiers (chaise roulante à moteur, prostituées…) et transforme son contexte professionnel qui renouvelle ses pratiques (retour au parapente,…).

Inventer de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles organisations suppose de laisser leur chance à ceux qui ont le courage de proposer de faire mieux, même si au passage ils déstabilisent l’ordre établi sans le vouloir. Mais, consentir une place aux propositions innovantes suppose non seulement d’organiser des tribunes d’où les personnes peuvent s’exprimer, mais aussi des mécanismes de tri afin d’identifier les plus porteuses d’efficience. Cela suppose de savoir donner vraiment la parole sans pour autant donner raison. Aussi, donner la parole à tous ceux qui la veulent implique un mécanisme de mutualisation des données à grande échelle. Voilà pourquoi l’enjeu du développement économique et social consiste à organiser le débat public et le débat interne au sein de toutes les entreprises, administrations, associations, syndicats, partis politiques, jusques et y compris au sein des assemblées territoriales, nationales et internationales.

Faire vivre le Cv citoyen pour donner toute sa place à chaque personne

Dans Intouchables, le recruté déclare sans masque sa motivation décalée (intérêt pour l’assistante, besoin administratif pour les Assédic) et son désintérêt pour la situation spécifique du recruteur (non prise en compte du handicap). Le recruteur le retient exclusivement pour son savoir-être sans mensonge, sans tenir aucun compte de son absence de savoir-faire techniques pourtant bien nécessaires, mais acquérables par la formation.

Le corolaire de l’organisation de la participation de chacun à l’élaboration de diagnostics toujours plus précis et de projets toujours mieux adaptés réside dans l’envie de chacun de s’impliquer dans la recherche de l’intérêt collectif. Ce qui suppose de ne pas mettre toujours en avant son intérêt particulier, et même de dépasser les habits du corporatisme. Une solution simple apparaît : reconnaître et valoriser la capacité d’engagement des personnes pour des projets dans lesquels elles sont impliquées sans pour autant servir leur intérêt particulier. L’approche de toute la richesse des profils des candidats et collaborateurs pour les entreprises passe alors par la prise en compte de l’ensemble de leurs parcours professionnel et extra professionnel, et donc par la valorisation de toutes les compétences acquises dans ces deux cadres. Le parcours citoyen des candidats et collaborateurs devrait être reconnu comme tout aussi important que leur parcours professionnel. Voilà pourquoi le Syntec recrutement et l’Odissée se sont associés pour promouvoir le Cv citoyen. Le principe est de permettre aux candidats et salariés qui le souhaitent de présenter, au même titre que leur formation et leurs expériences professionnelles, leurs engagements citoyens (associatifs, bénévoles, …). Il s’agit d’une part de témoigner de sa posture d’implication pour l’intérêt général et d’autre part de faire reconnaître les compétences acquises dans des cadres non professionnels. Aujourd'hui, ces expériences extraprofessionnelles sont insuffisamment valorisées par les processus de recrutement et d’évaluation et, en miroir, sont peu présentes dans les curriculum vitae des candidats. La finalité du Cv citoyen consiste à contribuer au mieux-être au travail en optimisant pour chacun la recherche de l’adéquation entre les missions confiées et les motivations personnelles. En encourageant la rencontre entre l’intérêt particulier et l’intérêt général, le Cv citoyen contribue à la compréhension par chacun de soi-même ainsi que de ses environnements professionnels et sociétaux. En déplaçant l’épicentre de l’évaluation, il favorise une vraie rencontre entre l’évaluateur et l’évalué, bien loin du concept avorté du Cv anonyme. En plaçant la passion au cœur du travail, il ambitionne un meilleur épanouissement individuel et collectif. En vivifiant l’engagement, il abonde au développement de la personne, de l’entreprise et de la société, et donc à leur potentiel de performances économiques et sociales.

Intouchables n’est pas à voir comme un film divertissant ou une leçon de bien-pensance sur l’intégration des minorités, mais comme un appel à humaniser nos pratiques personnelles et professionnelles.

 

Jean-François Chantaraud

Directeur de l’Odis, Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence Sociale.

 

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